21/11/2021 | GeBéNout

Il est presque midi, nous arrivons au Village Souterrain d’Agongointo, à bord d’un zem (taxi moto), que ma sœur et moi partageons, en plus du chauffeur. Oui oui!! Nous sommes trois sur la moto. L’entrée du village devenue un musée est situé à Bohicon, une ville voisine d’Abomey, là où nous résidons.

A la caisse, nous nous rendons compte que nous n’avons pas de monnaie!! 😯 😕 C’est l’éternel problème, ici en Afrique de l’Ouest. Monnaie où te caches-tu…? (On en a une petite idée, mais chuuut). Un homme qui était dans la pièce, nous fait aimablement de la monnaie…ouff de soulagement, car il aurait fallu une bonne dose de patience pour en trouver. Cet homme, d’une trentaine d’année à la carrure de lutteur, est en fait Théo, Théo ATROKPO, notre guide. Il est également le gestionnaire du parc.

Nous voici maintenant, au-dessus d’un énorme cratère d’au moins dix mètres de diamètre, à l’intérieur duquel on distingue l’entrée de ce qui devait être un tunnel. En 1998, lors de travaux d’infrastructures routières par une compagnie danoise, un engin s’est affaissé juste sous nos pieds. L’engin était en réalité au-dessus d’un abri souterrain. Cette compagnie s’est rendu compte qu’il y avait d’autres entrées dans la zone. C’est à ce moment, que les riverains leur ont expliqué que ce sont des abris souterrains, des « ahouando », qui étaient utilisés par leurs ancêtres guerriers comme cachette au moment des guerres entre royaumes. Des fouilles archéologiques ont été menées et c’est en 2008 que le musée vit le jour. Le village dénombre 56 abris mais le plateau d’Abomey en compterait plus d’un millier. Il date du 16ème siècle, sous le règne du Roi DAKODONOU (deuxième Roi d’Abomey).

Entrée du tunnel

Le circuit prévoit une petite randonnée en forêt où, sont disséminés les entrées des maisons souterraines, bien camouflées par une végétation dissuasive car épineuse. Devant un figuier tentant d’étrangler un baobab d’au moins 400ans, nous nous déchaussons, nous sommes devant un autel sacré. C’est l’autel de la divinité DAN, l’une des divinités les plus importantes du panthéon Vodun. Elle symbolise la prospérité et l’élément air. Toutes les autres divinités passent par l’air pour voyager.

Beaucoup d’autels vaudou sont présents sur le site. D’ailleurs le site est un lieu de culte toujours utilisé par la population.

Autel de la divinité DAN

Petite halte dans la salle des expositions, où l’on peut observer les éléments issus des fouilles archéologiques: des poteries, des pierres taillées, des ouvrages en fer. Il est à souligner que lors de ces fouilles, les archéologues danois ont découvert que Bohicon était la plus ancienne cité africaine après l’Égypte et que le fer y était produit plus de 1000 ans avant notre ère. C’est le génie africain!

On continue de s’enfoncer dans la forêt, au rythme de nos échanges soutenues sur les similitudes des coutumes de Martinique et celles du Bénin… pas de doute, nos ancêtres déportés ont ramené plein de leurs cultures et traditions avec eux dans le bateau.

Ça y est, nous sommes à l’entrée de la seule maison souterraine réservée pour les visites. Mais attention!! L’entrée y est interdite à toute personne portant un vêtement ou un objet de couleur rouge. Pourquoi? Alors, il y a ceux qui disent que la maison est sous la protection d’une divinité qui n’aime pas le rouge ou d’autres qui disent que c’était une sorte de code guerrier.

Dans l’obscurité, nous descendons environ 3 mètres par une petite échelle en bois.

 

 L’entrée aménagée pour les visites d’un abri souterrain

La voix de Théo nous guide, puis il allume une lumière. Nous nous trouvons dans une première pièce creusée en forme de voute dans la latérite (argile riche en fer), on peut distinguer les marques des outils sur les parois. Autour de cette pièce centrale, deux autres pièces, l’une est une chambre et l’autre est une réserve d’eau d’infiltration.

Chambre

 

Réserve d’eau

Le jeu de forme donnée aux pièces, tantôt arrondie, tantôt plane, permet à l’eau de s’infiltrer ou pas. Les pièces de forme plane permettent à l’eau de s’infiltrer, créant au fur et à mesure des infiltrations la réserve d’eau naturellement filtrée par la couche de sol traversée. Mais l’ingéniosité de nos ancêtres ne s’arrête pas là. Des petits trous sont prévus dans les parois des chambres pour emprisonner l’écho des voix, qui ne pouvaient donc pas être entendu de l’extérieur. Nous sommes juste impressionnées par tant de génie, absolument rien n’est laissé au hasard.

Notre visite prend fin, au pied d’un majestueux baobab. Nous lui tendons l’oreille et écoutons toutes les histoires qu’il puise au fond de sa mémoire…

Vous avez remarqué la petite feuille en forme de cœur à son pied

 

 

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