Si la terre crue s’est présentée à l’Homme, il y a des millénaires comme une évidence quant à son emploi en tant que matériau de construction. Aujourd’hui du fait du réchauffement climatique, elle fait l’objet de nombreuses études scientifiques. Et pour cause, l’intérêt de la terre crue est multiple.

Vous rappelez-vous de ce conte mettant en scène trois petits cochons? Le premier se construit une maison de paille, le deuxième une maison en bois, le troisième une maison de briques et de ciment. Le grand méchant loup affamé parvient à détruire les maisons en paille et en bois en soufflant dessus. En revanche, il demeure impuissant face à la maison de ciment. Bien que l’habitat en terre crue abrite pas moins de 2 milliards de personnes dans 150 pays différents, il semblerait que le loup n’ait pas eu envie de se confronter à la maison en terre crue car elle lui aurait très certainement résisté. 

Doc CRAterre

A tous les enfants qui habitent une maison en paille ou en bois: rassurez-vous, elles peuvent être tout-à-fait solides. Quelque soit le matériau choisi pour construire une maison, les deux ingrédients les plus essentiels sont la conception et le travail soigné. Sans cela même la maison de ciment aurait pu être emportée par le souffle du loup.

ORIGINE DU MATERIAU TERRE: Tour d’horizon sur les grands édifices africains

Au même titre que les maisons en paille ou en bois, la maison en terre crue a très souvent été et encore aujourd’hui victime d’une très mauvaise réputation. En particulier en Afrique où la colonisation européenne eu pour effet le dénigrement systématique de l’africain vis-à- vis de sa propre tradition et notamment de son habitat traditionnel. Comme le rend compte l’architecte égyptien Hassan Fathy: « Au Nigéria j’ai vu une tournée de propagande: deux affiches, l’une montrant les pires taudis africains photographiés sous leur plus mauvais angle, l’autre montrant de jolies maisons de type européen en béton et aluminium, le tout accompagné de la question: « Ceci ou cela? ». Le « cela » a donné lieu, sous couvert du modernisme occidental, à des campagnes de démolition de maisons en terre crue traditionnelles. Elles ont été remplacées par des milliers d’habitats en béton « clés en main », pas toujours en adéquation avec les contraintes climatiques et les valeurs culturelles traditionnelles.

 
Démolition d’habitats traditionnelles, Les actualités françaises du 12 avril 1955 sur ina.fr

Introduit dans ce processus de déculturation, l’individu se retrouve emprisonné dans un système mercantile. En effet, pour s’offrir et garder ce logement dit « moderne » il devra travailler à l’usine installée non loin, pour assurer le paiement de son loyer. Le système de dépendance est ainsi mis en place.

L’Afrique traditionnelle n’a pourtant rien à envier à l’Occident en matière d’architecture. Les ouvrages en terre crue existent depuis des millénaires en Afrique et constituent une grande partie de son patrimoine architecturale.

Déjà à Kemet (Egypte antique), les habitants ont eu recours pour la construction des maisons, des palais et même des temples à la brique faite de terre crue.

Fabrication de briques de terre crue, Peinture de la tombe de Rekhmirê, vizir durant la XVIIIᵉ dynastie, il y a 3500ans

L’illustration ci-dessous  montre la pharaonne Hatchepsout moulant des briques de terre certainement destinées à l’édification d’un Temple.

Stèle de la pose des 4 premières pierres de la pharaonne Hatshepsout Maâtkarê, moulant des briques de terre crue, il y a 3’500ans (issue Construire avec le peuple, de Hassan Fathy)

 

Voûte de briques de terre crue Temple de Ramsès II près de Louxor. A noter que la voûte à cette époque est déjà une prouesse technique car « ces voûtes et coupoles qu’on employait pour la couverture ont été conçues pour être exécutés sans cintrage en bois. Elles sont encore debout après plus de 3400 ans ». (La Revue du Caire de Mai 1951)

Les ouvrages architecturaux les plus prestigieux de l’Afrique que l’on retrouve au Mali sous l’empire Songhay ou aux Royaumes Bambaras, les palais de Zinder au Niger, les fameuses mosquées de Djenné et Mopti ou encore les Cases Obus des Mousgoums du Cameroun sont faits de terre crue. Les techniques et savoir-faire n’ont eu de cesse de s’améliorer traduisant le génie du continent Africain dans l’emploi d’un matériau chaleureux, apaisant et plus que jamais écologique.

Mosquée de Djenné au Mali, un premier édifice fut construit au IIIe siècle par le roi Komboro mais son état actuel date de 1907 et a été conçue par Ismaïla Traoré, chef de la corporation des maçons bozos, les Baris. C’est le plus grand bâtiment du monde construit en terre crue. (structurae.info)

 

Palais du sultanat de Zinder au Niger, probablement construit entre 1850 et 1852 sous le règne de Tanimoune, le fondateur de l’empire du Damagaram et sous la supervision du maître maçon MahamanGiwa. (L’architecture en Terre au Niger entre passé et futur, monographie issue du projet ACP-UE)

 

Case Obus Mousgoum Tchad/ Cameroun, architecture qui pourrait être datée du XIVe siècle, hauteur pouvant aller jusqu’à 8m. On voit ici que la technique de la coupole citée plus haut était parfaitement maitrisée. Les villages Mousgoum pouvaient être confondus avec des termitières et ne pas attirer l’attention lors des razzias négrières. La grande hauteur devenait un net avantage puisqu’en grimpant au faîtage, on était capable d’apercevoir tout mouvement à très grande distance. Les moulurations servaient en phase de construction, à l’entretien et à monter au sommet de la case. Rien n’était laissé au hasard!!

 

 

Chez les Kasséna du Burkina Faso, les structures sont composées de terre et de bois. Ce sont les femmes qui assurent l’étanchéité et les peintures décoratives des façades.  Les bâtiments sont fermés vers l’extérieur, tels des forteresses circulaires. Le nombre de cellules qui composent une unité dépend de l’ampleur de la famille qui y habite. Une même structure accueille généralement une grande famille composée de plusieurs frères et de leurs familles. Il en découle souvent un système complexe de sous-ensemble. A suivre dans un prochain article…

 

Cathédrale de Ouagadougou Burkina Faso date de 1936, entièrement construite en briques de terre crue.

 

L’Habitat en Terre Crue: un modèle intemporel #2 très bientôt en ligne…

 

 

 

 

 

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