Après une heure, dans les habituels embouteillages cotonoises, nous voici enfin arrivées à l’embarcadère d’Abomey Calavi. Installées dans une pirogue, pilotée par celui que nous avons surnommé Président, parce que incollable en politique africaine, nous naviguons paisiblement sur le lac Nokoué.

Parce que l’on distingue ici et là des petites nasses, nous devinons que ces branches de bambou ou autres branchages, plantés dans l’eau, délimitent des parcelles de pêche. Président, notre guide toffin (ethnie majoritaire de Ganvié) nous explique que la décomposition du bois attire les poissons qui viennent se nourrir. C’est une technique de pêche traditionnelle qui s’appelle l’Akadja.

Les branchages derrière nous, ce sont les zones de pêche

Notre pirogue continue doucement à glisser sur l’eau, on voit passer parfois des pirogues à voile. Voiles souvent réalisées à partir de sacs plastiques, de draps imprimés ou de tout ce qui peut servir de voile, agencés en patchwork. On reconnait bien là, l’ingéniosité africaine. Plus loin, nous remorquons une pirogue de jeunes filles qui profitent de la gentillesse de Président pour arriver plus vite en ville.

Ganvié n’a rien à envier aux grandes villes du reste du Bénin. On y trouve des bars, des restaurants, un hôpital, des mosquées, églises, des écoles, un cimetière, sans oublier des enclos à moutons, des poulaillers etc…Tout ce que l’on peut trouver dans une ville terrestre, on le trouve à Ganvié, mais sur l’eau et dans des constructions sur pilotis réalisées en bois et toiture en chaume pour les plus traditionnelles.

La vue de notre chambre
Des chèvres devant une église
La place des amoureux

Président nous raconte l’origine de Ganvié, dont la majorité des habitants est nommée Toffinu, « les hommes de l’eau », qui suite aux assauts du Royaume du Dahomey, au 18ème siècle, ont fui la région du Togo où ils habitaient. Arrivés sur les rives du lac Nokoué, leur Roi Agbogdobé, par l’usage d’incantations se transforma en épervier pour survoler le lac. Il y découvrit un ilot qui pourrait abriter son peuple. Alors, pour transporter ses sujets restés sur l’autre rive, de la même manière qu’il se transforma en épervier, il se transforma en crocodile et amena sur son dos, tout ce beau monde. Son peuple était alors sauvé des assauts de l’armée dahoméenne. D’ailleurs, Ganvié signifie en toffin « nous sommes sauvés ». L’ilot est, aujourd’hui, devenu le cimetière de Ganvié. Les Toffinu ont, depuis, très bien appris à vivre dans cet environnement aquatique.

Statut du Roi

Si bien qu’ils savent en exploiter économiquement les ressources naturelles, comme la jacinthe d’eau. La jacinthe d’eau, connue pour son pouvoir de filtration de l’eau, est bénéfique lorsqu’elle demeure en quantité raisonnable, sauf qu’elle a fini par envahir le lac entravant la circulation des pirogues et asphyxiant l’environnement aquatique des poissons. Deux entrepreneurs béninois, fondateurs de la startup Green Keeper Africa (GKA), ont eu la bonne idée d’utiliser les propriétés absorbantes de la jacinthe d’eau pour fabriquer des fibres dépolluantes. Ces dernières sont utilisées dans les industries d’hydrocarbures ou utilisant des huiles. Ce sont principalement les femmes qui collectent la jacinthe d’eau pour la faire sécher puis la vendent à GKA qui se chargera du raffinage et des produits dérivés. Ce qui était au départ un fléau est devenu une richesse. (consulter leur site: http://www.greenkeeperafrica.com/)

La jacinthe d’eau envahissante
Séchage de la jacinthe

2 thoughts on “Ganvié, une ville les pieds dans l’eau”

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